Paul HAESAERTS, Vitaly P. CHEKHA, Freddy DAMBLON, Nicolaï I. DROZDOV,
Lyoba A. ORLOVA & Johannes VAN DER PLICHT
The loess-palaesol succession of Kurtak (Yenisei basin, Siberia): a
reference record for the Karga stage (MIS 3). 3-24.
La séquence loessique de Kurtak (Bassin de l'Iéniséi,
Sibérie) : un enregistrement de référence pour le stade
de Karga (SIM 3).
ABSTRACT: The loess-palaeosol succession of Kurtak,
along the western slope of the Yenisei Valley, is one of the best documented
Late Pleistocene sequences in southern Central Siberia. The present paper
deals with the Kurtak Pedocomplex and with the Chani Bay Complex preserved
on the plateau and in a lateral depression respectively, which correspond
to the Karga Stage (MIS 3). For this sequence we obtained a detailed palaeoclimatic
succession based on pedological and palynological data recording 14 short
interstadial periods. The chronology of this record is well established by
ca 100 radiocarbon dates on charcoal and wood remains, ranging from 42,520
to 25,710 BP. Botanical analysis shows a steppe-like vegetation with small
tree populations (spruce, pine, birch) in lateral valleys during the colder
periods. During the interstadial episodes spruce populations grew denser
in the valleys, while scattered spruce, larch and pine trees expanded on
the plateau. Therefore, the Kurtak Pedocomplex and Chani Bay Complex provide
a unique climatic record for MIS 3, similar to the middle pleniglacial succession
of the Dinkel Valley in the Netherlands and to loess-palaeosol records of
Eastern and Central Europe. This means that the Siberian record shows a climatic
sequence of global significance, and that the environmental conditions during
MIS 3 were highly unstable at the Eurasian continent.
RÉSUMÉ :
La succession pédosédimentaire de Kurtak, sur le versant occidental
de la vallée de l’Iéniséi, constitue l’une des séquences
loessiques les mieux documentées pour le Pléistocène
supérieur en Sibérie centrale. Le présent travail découle
d’une approche multidisciplinaire du Complexe de Kurtak et du Complexe de
Chani Bay préservés respectivement en position de plateau et
dans une dépression latérale. Un enregistrement paléoclimatique
détaillé
est fourni pour le Stade de Karga (SIM 3) sur la base de données pédologiques
et palynologiques qui mettent en évidence 14 épisodes interstadiaires
de courte durée. La chronologie de cet enregistrement est fondée
sur une centaine de dates radiocarbone entre 42.520 et 25.710 BP obtenues
sur des restes de bois et du charbon de bois. Les données paléobotaniques
indiquent une végétation de type steppique associée
à de petites populations d’épicéa, de
pin et de bouleau dans les vallées latérales au cours des épisodes
froids. Pendant les épisodes interstadiaires, les populations d’épicéa
deviennent plus denses dans les vallées tandis que l’épicéa,
le mélèze et le pin se répandent sur le plateau à
l’état dispersé. Le Pédocomplexe de Kurtak et le Complexe
de Chani Bay constituent ainsi un enregistrement unique pour le SIM
3, comparable à la succession du pléniglaciaire moyen dans
la partie orientale des
Pays-Bas (Dinkel Valley) ainsi qu’à certains enregistrements loessiques
d’Europe centrale et orientale. Ces similitudes soulignent le caractère
global de la séquence climatique sibérienne ainsi que la prédominance
de conditions environnementales hautement instables au cours du SIM 3 à
l’échelle du continent eurasiatique.
Pascal BERTRAN
Stratigraphie du site des Peyrugues (Lot), une coupe de référence
pour le dernier pléniglaciaire en Aquitaine. 25-44
Upper Pleniglacial slope dynamics and palaeoenvironments in southwestern
France: the stratigraphy of Les Peyrugues site.
RÉSUMÉ : L’abri-sous-roche
des Peyrugues, situé en bordure de la vallée du Célé
(Lot, France) a livré une importante stratigraphie couvrant les 25
derniers millénaires. Cette stratigraphie permet de proposer un canevas
chronologique détaillé pour la dynamique de versant et les
paléoenvironnements au cours du Pléniglaciaire supérieur
en Aquitaine. Elle montre que pendant le maximum de froid, entre 25 et 20
ka BP environ, la dynamique était caractérisée par des
coulées de solifluxion à front pierreux comparables à
celles que l’on observe actuellement dans les milieux périglaciaires
peu végétalisés d’altitude, avec des températures
moyennes annuelles inférieures à -1 ou -2°C. Cette dynamique
a mis en place des dépôts de pente stratifiés. Deux niveaux
plus organiques, interprétés comme des paléosols humifères
déformés sur la pente, sont interstratifiés dans ces
dépôts et datent d’environ 25 et
19-21 ka BP. Ces horizons, qui marquent de courtes phases de pédogenèse
en liaison avec un climat plus humide et/ou moins froid, peuvent être
corrélés respectivement avec les interstades Dansgaard-Oeschger
3/4 et 2. Pendant la période comprise entre ~ 19 et ~ 16 ka BP, la
solifluxion reste active, mais probablement associée à un couvert
végétal herbacé plus ou moins continu. Les dépôts
prennent l’aspect d’un diamicton massif légèrement organique.
L’accumulation détritique s’achève avec la chute catastrophique
d’un grand volume de roche pendant l’intervalle 16-13 ka BP. Une comparaison
avec les stratigraphies décrites dans les sites du Périgord
indique que plusieurs phénomènes reconnus aux Peyrugues ont
une valeur régionale.
ABSTRACT: The 2.5 m thick stratigraphy of the ‘Les Peyrugues’
site, a rockshelter located in the Célé valley (Lot, France),
covers the last 25 millennia. Radiocarbone dates allow proposition of a detailed
chronological framework for slope dynamics and palaeoenvironments during
the Upper Pleniglacial in southwestern France. The ~ 25 to ~ 20 kyr BP interval
is characterised by calcareous stratified slope deposits due to stone-banked
solifluction lobe activity. These typify the modern high-altitude or high
latitude periglacial semi-deserts and testify to mean annual air temperatures
below -1 or -2°C. Two humus-rich levels, dating to ca. 25 and 19/21 kyr
BP, correspond to paleosols that have been deformed and stretched on the
slope by periglacial processes. They reflect wetter and/or warmer climatic
events and may be correlated respectively to the Dansgaard-Oeschger interstades
3-4 and 2. During the 19-16 kyr BP interval, massive, slightly organic diamictic
deposits indicate that solifluction was still active, and probably associated
with a more continuous herbaceous vegetal cover. A catastrophic cliff fall
occured during the interval 16-13 kyr BP, resulting in talus erosion and
in the deposition of a thick boulder layer. A comparison with other sedimentary
records in southwestern France shows that similar phenomena may have occurred
in many talus deposits in rockshelters or at cave entrances.
Magali DELMAS
La déglaciation dans le massif du Carlit (Pyrénées
orientales) : approches géomorphologique et géochronologique
nouvelles. 45-55.
The deglaciation in the Carlit massif: news geomorphological and geochronological
insights.
RÉSUMÉ :
Une cartographie détaillée des formes et formations glaciaires,
et périglaciaires associées, permet de proposer une relecture
des étapes et modalités de la déglaciation dans le massif
du Carlit. La découverte d’une tourbière datée à
16 500 BP à 2150 m d’altitude, au débouché immédiat
des cirques et précédée de huit stades de retrait échelonnés
sur les 16 km de l’auge de la Têt, montre la très grande précocité
de la déglaciation dans ce tronçon de la chaîne. Un âge
probablement Pléniglaciaire inférieur est proposé pour
le Maximum würmien. Cette tourbière fossilisée par un
cône proglaciaire fixe également, mais par défaut, la
première récurrence glaciaire du stade des cirques qui appartient
encore à la fin du Pléniglaciaire supérieur, voire à
un Dryas très ancien. Des arguments régionaux permettent d’envisager
une déglaciation totale et définitive des cirques dès
l’Alleröd et un âge Dryas récent pour les glaciers rocheux
des cirques.
ABSTRACT: A detailed cartography of tills, moraines
and associated periglacial patterns allows to suggest a new interpretation
of stages and modes of the deglaciation in the Carlit massif. A peat bog
dated back to 16 500 BP, at an altitude of 2150 m where the cirques open
out and preceded by eight recessional stages regularly spacing out 16 km
in the Têt trough valley, has been discovered. This shows the greatest
precocity of the deglaciation in this part of the Pyrenean range, and thus
probably a Würmian Maximum rather Older Pleniglacial. This peat bog,
fossilized by a proglacial cone, also fixes, but indirectly, the first glacial
recurrence of the cirques stages, which still takes place at the end of the
Upper Pleniglacial or even at the Oldest Dryas. Regional arguments allow
to propose a total and final deglaciation of the cirques as early as the
Alleröd and a Younger Dryas age for the rock glaciers of the cirques.
Anne TRIGANON, Gérard NICOUD, Frédéric GUITER et
Bernard BLAVOUX
Contrôle de la construction de l'ensemble détritique
de la région d'Evian par trois phases glaciaires durant le Würm.
57-63
Reconstruction of three würmian Rhöne glaciers extensions evidenced
by the detritical Quaternary deposits in the Evian area.
RÉSUMÉ : La réalisation
récente de sondages carottés sur l’ensemble du versant d’Evian
permet de réaliser des observations détaillées des dépôts
détritiques d’épaisseur hectométrique. Ceux-ci sont
constitués de sédiments hétérogènes de
type glacio-lacustre, glaciaire de fond, glaciaire latéral, avec de
nombreux dépôts ligneux et tourbeux. Trois complexes sont mis
en évidence, du plus ancien au plus récent :
• un complexe inférieur, à dominante glacio-lacustre, mis en
place avant 30.000 ans, mais après le maximum glaciaire würmien,
• un complexe dit du « Plateau de Gavot », de marge glaciaire
active, accumulé entre 30.000 et 27.000 BP. Il enregistre une quinzaine
d’oscillations latérales du glacier du Rhône dont certaines
de plus d’un kilomètre,
• un complexe emboîté, riche en sédiments glacio-lacustres,
mis en place entre 25.000 et 21.000 ans BP. Il correspond vers l’aval, à
Thonon, à la limite entre les hautes et les basses terrasses de kame.
ABSTRACT:
Recent corings have been carried out in the Evian area, allowing us to describe
in details new hectometric profiles of detritical sedimentary deposits. Various
sediments have been observed throughout the Quaternary sequences: glacio-lacustrine
facies, basal and lateral till, and organic-rich layers (including lignite
and peat). Three major stratigraphical units have been identified:
• The “Complexe Inférieur”, mainly composed of glacio-lacustrine sediments,
dated before 30 000 yr B.P. and prior to the L.G.M.
• The “Complexe du Plateau Gavot”, deposited between 30 000 and 27 000 yr
B.P., in the sedimentological context of active glacial margin.
Therefore, this unit recorded at least fifteen lateral fluctuations of the
Rhône glacier margin. Some oscillations could have exceeded one kilometer
of extension in latitude,
• The “Complexe emboîté”, mainly composed of glacio-lacustrine
sediments, deposited between 25 000 and 21 000 yr. BP. This Unit fits well
with the boundary between high and low kame terraces located in the surroundings
of Thonon-Les-Bains.
.
Pierre-Gil SALVADOR, Laurent DESCHODT et Sylvie COUTARD
Nouvelles observations sur la stratigraphie des formations holocènes
(récent) de la plaine de la Lys à Houplines (Nord). 65-68
New observations on the stratigraphy of Holocene (modern) formations
of the Lys valley at Houplines (Northern France).
ABSTRACT: Deux sondages mécaniques réalisés
dans un vallon affluent de la Lys, près d’Houplines, permettent d’identifier
une séquence organo-minérale d’époque gallo-romaine,
traduisant une période de faible activité hydro-dynamique.
Il apparaît également que l’incision des vallons dans les formations
du Pléistocène supérieur est importante, supérieure
à 7,70 m, de même que le remblaiement historique qui atteint
3,30 m sur le site d’étude.
RÉSUMÉ : Two sections digged
with a mechanical excavator were opened in a tributary valley of the Lys
river, close to Houplines. They allowed to identify an organomineral sequence
of Gallo-Roman period, corresponding to a period of low hydrodynamic activity.
It appears also that the incision of the small valleys within late Pleistocene
formations is higher than 7,70 m, whereas the historical fill reaches 3,30
m at the same site.