Volume 16 - Numéro 1 - 2005

Paul HAESAERTS, Vitaly P. CHEKHA, Freddy DAMBLON, Nicolaï I. DROZDOV, Lyoba A. ORLOVA & Johannes VAN DER PLICHT

The loess-palaesol succession of Kurtak  (Yenisei basin, Siberia):
a reference record for the Karga stage (MIS 3). 3-24.
La séquence loessique de Kurtak (Bassin de l'Iéniséi, Sibérie) : un enregistrement de référence pour le stade de Karga (SIM 3).

ABSTRACT:  The loess-palaeosol succession of Kurtak, along the western slope of the Yenisei Valley, is one of the best  documented Late Pleistocene sequences in southern Central Siberia. The present paper deals with the Kurtak Pedocomplex and with the Chani Bay Complex preserved on the plateau and in a lateral depression respectively, which correspond to the Karga Stage (MIS 3). For this sequence we obtained a detailed palaeoclimatic succession based on pedological and palynological data recording 14 short interstadial periods. The chronology of this record is well established by ca 100 radiocarbon dates on charcoal and wood remains, ranging from 42,520 to 25,710 BP. Botanical analysis shows a steppe-like vegetation with small tree populations (spruce, pine, birch) in lateral valleys during the colder periods. During the interstadial episodes spruce populations grew denser in the valleys, while scattered spruce, larch and pine trees expanded on the plateau. Therefore, the Kurtak Pedocomplex and Chani Bay Complex provide a unique climatic record for MIS 3, similar to the middle pleniglacial succession of the Dinkel Valley in the Netherlands and to loess-palaeosol records of Eastern and Central Europe. This means that the Siberian record shows a climatic sequence of global significance, and that the environmental conditions during MIS 3 were highly unstable at the Eurasian continent.

RÉSUM
É :   La succession pédosédimentaire de Kurtak, sur le versant occidental de la vallée de l’Iéniséi, constitue l’une des séquences loessiques les mieux documentées pour le Pléistocène supérieur en Sibérie centrale. Le présent travail découle d’une approche multidisciplinaire du Complexe de Kurtak et du Complexe de Chani Bay préservés respectivement en position de plateau et dans une dépression latérale. Un enregistrement paléoclimatique détaillé
est fourni pour le Stade de Karga (SIM 3) sur la base de données pédologiques et palynologiques qui mettent en évidence 14 épisodes interstadiaires de courte durée. La chronologie de cet enregistrement est fondée sur une centaine de dates radiocarbone entre 42.520 et 25.710 BP obtenues sur des restes de bois et du charbon de bois. Les données paléobotaniques indiquent une végétation de type steppique associée à de petites populations d’épicéa, de
pin et de bouleau dans les vallées latérales au cours des épisodes froids. Pendant les épisodes interstadiaires, les populations d’épicéa deviennent plus denses dans les vallées tandis que l’épicéa, le mélèze et le pin se répandent sur le plateau à l’état dispersé. Le Pédocomplexe de Kurtak et le Complexe de Chani Bay constituent ainsi un  enregistrement unique pour le SIM 3, comparable à la succession du pléniglaciaire moyen dans la partie orientale des
Pays-Bas (Dinkel Valley) ainsi qu’à certains enregistrements loessiques d’Europe centrale et orientale. Ces similitudes soulignent le caractère global de la séquence climatique sibérienne ainsi que la prédominance de conditions environnementales hautement instables au cours du SIM 3 à l’échelle du continent eurasiatique.



Pascal BERTRAN

Stratigraphie du site des Peyrugues (Lot), une coupe de référence pour le dernier pléniglaciaire en Aquitaine. 25-44
Upper Pleniglacial slope dynamics and palaeoenvironments in southwestern France: the stratigraphy of Les Peyrugues site.

RÉSUMÉ :  L’abri-sous-roche des Peyrugues, situé en bordure de la vallée du Célé (Lot, France) a livré une importante stratigraphie couvrant les 25 derniers millénaires. Cette stratigraphie permet de proposer un canevas chronologique détaillé pour la dynamique de versant et les paléoenvironnements au cours du Pléniglaciaire supérieur en Aquitaine. Elle montre que pendant le maximum de froid, entre 25 et 20 ka BP environ, la dynamique était caractérisée par des coulées de solifluxion à front pierreux comparables à celles que l’on observe actuellement dans les milieux périglaciaires peu végétalisés d’altitude, avec des températures moyennes annuelles inférieures à -1 ou -2°C. Cette dynamique a mis en place des dépôts de pente stratifiés. Deux niveaux plus organiques, interprétés comme des paléosols humifères déformés sur la pente, sont interstratifiés dans ces dépôts et datent d’environ 25 et
19-21 ka BP. Ces horizons, qui marquent de courtes phases de pédogenèse en liaison avec un climat plus humide et/ou moins froid, peuvent être corrélés respectivement avec les interstades Dansgaard-Oeschger 3/4 et 2. Pendant la période comprise entre ~ 19 et ~ 16 ka BP, la solifluxion reste active, mais probablement associée à un couvert végétal herbacé plus ou moins continu. Les dépôts prennent l’aspect d’un diamicton massif légèrement organique.
L’accumulation détritique s’achève avec la chute catastrophique d’un grand volume de roche pendant l’intervalle 16-13 ka BP. Une comparaison avec les stratigraphies décrites dans les sites du Périgord indique que plusieurs phénomènes reconnus aux Peyrugues ont une valeur régionale.

ABSTRACT
:
The 2.5 m thick stratigraphy of the ‘Les Peyrugues’ site, a rockshelter located in the Célé valley (Lot, France), covers the last 25 millennia. Radiocarbone dates allow proposition of a detailed chronological framework for slope dynamics and palaeoenvironments during the Upper Pleniglacial in southwestern France. The ~ 25 to ~ 20 kyr BP interval is characterised by calcareous stratified slope deposits due to stone-banked solifluction lobe activity. These typify the modern high-altitude or high latitude periglacial semi-deserts and testify to mean annual air temperatures below -1 or -2°C. Two humus-rich levels, dating to ca. 25 and 19/21 kyr BP, correspond to paleosols that have been deformed and stretched on the slope by periglacial processes. They reflect wetter and/or warmer climatic events and may be correlated respectively to the Dansgaard-Oeschger interstades 3-4 and 2. During the 19-16 kyr BP interval, massive, slightly organic diamictic deposits indicate that solifluction was still active, and probably associated with a more continuous herbaceous vegetal cover. A catastrophic cliff fall occured during the interval 16-13 kyr BP, resulting in talus erosion and in the deposition of a thick boulder layer. A comparison with other sedimentary records in southwestern France shows that similar phenomena may have occurred in many talus deposits in rockshelters or at cave entrances.


Magali DELMAS
La déglaciation dans le massif du Carlit (Pyrénées orientales) : approches géomorphologique et géochronologique nouvelles. 45-55.
The deglaciation in the Carlit massif: news geomorphological and geochronological insights.

RÉSUMÉ :   Une cartographie détaillée des formes et formations glaciaires, et périglaciaires associées, permet de proposer une relecture des étapes et modalités de la déglaciation dans le massif du Carlit. La découverte d’une tourbière datée à 16 500 BP à 2150 m d’altitude, au débouché immédiat des cirques et précédée de huit stades de retrait échelonnés sur les 16 km de l’auge de la Têt, montre la très grande précocité de la déglaciation dans ce tronçon de la chaîne. Un âge probablement Pléniglaciaire inférieur est proposé pour le Maximum würmien. Cette tourbière fossilisée par un cône proglaciaire fixe également, mais par défaut, la première récurrence glaciaire du stade des cirques qui appartient  encore à la fin du Pléniglaciaire supérieur, voire à un Dryas très ancien. Des arguments régionaux permettent d’envisager une déglaciation totale et définitive des cirques dès l’Alleröd et un âge Dryas récent pour les glaciers rocheux des cirques.

ABSTRACT
:
  A detailed cartography of tills, moraines and associated periglacial patterns allows to suggest a new interpretation of stages and modes of the deglaciation in the Carlit massif. A peat bog dated back to 16 500 BP, at an altitude of 2150 m where the cirques open out and preceded by eight recessional stages regularly spacing out 16 km in the Têt trough valley, has been discovered. This shows the greatest precocity of the deglaciation in this part of the Pyrenean range, and thus probably a Würmian Maximum rather Older Pleniglacial. This peat bog, fossilized by a proglacial cone, also fixes, but indirectly, the first glacial recurrence of the cirques stages, which still takes place at the end of the Upper Pleniglacial or even at the Oldest Dryas. Regional arguments allow to propose a total and final deglaciation of the cirques as early as the Alleröd and a Younger Dryas age for the rock glaciers of the cirques.


Anne TRIGANON, Gérard NICOUD, Frédéric GUITER et Bernard BLAVOUX
Contrôle de la construction de l'ensemble détritique de la région d'Evian par trois phases glaciaires durant le Würm. 57-63
Reconstruction of three würmian Rhöne glaciers extensions evidenced by the detritical Quaternary deposits in the Evian area.

RÉSUMÉ : La réalisation récente de sondages carottés sur l’ensemble du versant d’Evian permet de réaliser des observations détaillées des dépôts détritiques d’épaisseur hectométrique. Ceux-ci sont constitués de sédiments hétérogènes de type glacio-lacustre, glaciaire de fond, glaciaire latéral, avec de nombreux dépôts ligneux et tourbeux. Trois complexes sont mis en évidence, du plus ancien au plus récent :
• un complexe inférieur, à dominante glacio-lacustre, mis en place avant 30.000 ans, mais après le maximum glaciaire würmien,
• un complexe dit du « Plateau de Gavot », de marge glaciaire active, accumulé entre 30.000 et 27.000 BP. Il enregistre une quinzaine d’oscillations latérales du glacier du Rhône dont certaines de plus d’un kilomètre,
• un complexe emboîté, riche en sédiments glacio-lacustres, mis en place entre 25.000 et 21.000 ans BP. Il correspond vers l’aval, à Thonon, à la limite entre les hautes et les basses terrasses de kame.

ABSTRACT:     Recent corings have been carried out in the Evian area, allowing us to describe in details new hectometric profiles of detritical sedimentary deposits. Various sediments have been observed throughout the Quaternary sequences: glacio-lacustrine facies, basal and lateral till, and organic-rich layers (including lignite and peat). Three major stratigraphical units have been identified:
• The “Complexe Inférieur”, mainly composed of glacio-lacustrine sediments, dated before 30 000 yr B.P. and prior to the L.G.M.
• The “Complexe du Plateau Gavot”, deposited between 30 000 and 27 000 yr B.P., in the sedimentological context of active glacial margin.
Therefore, this unit recorded at least fifteen lateral fluctuations of the Rhône glacier margin. Some oscillations could have exceeded one kilometer of extension in latitude,
• The “Complexe emboîté”, mainly composed of glacio-lacustrine sediments, deposited between 25 000 and 21 000 yr. BP. This Unit fits well with the boundary between high and low kame terraces located in the surroundings of Thonon-Les-Bains.
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Pierre-Gil SALVADOR, Laurent DESCHODT et Sylvie COUTARD
Nouvelles observations sur la stratigraphie des formations holocènes (récent) de la plaine de la Lys à Houplines (Nord). 65-68
New observations on the stratigraphy of Holocene (modern) formations of the Lys valley at Houplines (Northern France).

ABSTRACT:   Deux sondages mécaniques réalisés dans un vallon affluent de la Lys, près d’Houplines, permettent d’identifier une séquence organo-minérale d’époque gallo-romaine, traduisant une période de faible activité hydro-dynamique. Il apparaît également que l’incision des vallons dans les formations du Pléistocène supérieur est importante, supérieure à 7,70 m, de même que le remblaiement historique qui atteint 3,30 m sur le site d’étude.

RÉSUM
É : Two sections digged with a mechanical excavator were opened in a tributary valley of the Lys river, close to Houplines. They allowed to identify an organomineral sequence of Gallo-Roman period, corresponding to a period of low hydrodynamic activity. It appears also that the incision of the small valleys within late Pleistocene formations is higher than 7,70 m, whereas the historical fill reaches 3,30 m at the same site.