Volume 20 - Numéro 1 - 2009
Les systèmes fluviatiles des bassins versants de la Moselle et du Rhin (France, Allemagne, Luxembourg)
Coordinateurs:  Dominique HARMAND, Serge OCCHIETTI & Stéphane CORDIER





David BRIDGLAND, Rob WESTAWAY,  Stéphane CORDIER

LES CAUSES DE L’ÉTAGEMENT DES TERRASSES ALLUVIALES À TRAVERS LE MONDE. 5-23
FACTORS AFFECTING THE WORLDWIDE DEVELOPMENT OF LONG-TIMESCALE FLUVIAL TERRACE STAIRCASES

RÉSUMÉ :  Une comparaison entre les systèmes de terrasses alluviales de nombreux cours d’eau en Europe et dans le monde a été menée à partir des données collectées dans le cadre du projet IGCP (International Geoscience Programme) n° 449. Si les terrasses alluviales paraissent refléter les déformations crustales affectant les masses continentales, les séquences alluviales mises en évidence depuis plusieurs décennies dans le monde entier témoignent également d’une réponse aux fluctuations climatiques. L’augmentation des vitesses de soulèvement des masses continentales apparaît ainsi contemporaine, et peut-être en relation, avec la Révolution du Pléistocène moyen qui marque le début de la prépondérance des cycles de 100 ka de Milankovitch dans les fluctuations climatiques. Les terrasses antérieures apparaissent de fait comme de vastes épandages alluviaux, composés de plusieurs formations pouvant chacune refléter un cycle de 41 ka. La formation des terrasses plus récentes, préservées dans des vallées sensiblement plus encaissées, apparaît en revanche contrôlée par les cycles de 100 ka, chaque terrasse étant plus ou moins associée à un cycle. L’objectif de cet article est d’analyser et de comparer, à partir des données récemment acquises, l’évolution de systèmes fluviatiles situés sous des climats ou dans des provinces crustales diverses, ou ayant un nombre variable de terrasses, ou encore dans lesquels la place de l’incision dans le cycle climatique diffère.

ABSTRACT: A comparison of fluvial terrace sequences from around the world, based on data collected as part of International Geoscience Programme (IGCP) Project No. 449, has revealed significant patterns. River terraces provide important records of uplift, which is essential for their formation, and of landscape evolution. Their cyclic formation, however, almost invariably seems to have been a response to climatic fluctuation. Sequences in the European core area of IGCP 449, which has the longest and most extensive research history, have been used as templates for worldwide comparison. There is evidence for a global acceleration of uplift at the time of, and perhaps in response to, the Mid-Pleistocene Revolution, when climatic fluctuation switched to 100 ky Milankovitch cycles. Terraces formed prior to this generally consist of wide aggradational sheets that probably each represent formation over several 41 ky cycles. Subsequently, river valleys became more steeply entrenched and terraces formed in response to the stronger 100 ky climatic forcing, in many cases at approximately one per cycle. This paper uses the new data resource to explore differences between records in different climate zones and crustal provinces, between sequences with variable numbers of Middle-Late Pleistocene terraces and between systems in which the all-important incision event has occurred in different parts of climatic cycles.



Jörg LÄMMERMANN-BARTHEL, Inge NEEB, Matthias HINDERER,   Manfred FRECHEN

LAST GLACIAL TO HOLOCENE FLUVIAL AGGRADATION AND INCISION IN THE SOUTHERN UPPER RHINE GRABEN: CLIMATIC AND NEOTECTONIC CONTROLS.  25-34
DÉPÔT ET INCISION FLUVIATILES DANS LE SUD DU FOSSÉ DU RHIN SUPÉRIEUR DU DERNIER GLACIAIRE À L´HOLOCÈNE : CONTRÔLES CLIMATIQUES ET NÉOTECTONIQUES

ABSTRACT:   We present a new model of landscape evolution for the southern Upper Rhine Graben based on analysis of Digital Elevation Models, new OSL and 14C dating, and a sediment budget. According to these data a three step scenario was developed (i) between ca. 60 to 16 ka BP accumulation of an alluvial fan in the southern Upper Rhine Graben, here called Upper Rhine Fan, downstream of the mouth of the Hochrhein valley. This fan is mostly composed of coarse-grained meltwater deposits. (ii) 16 to 10 ka BP incision of the Upper Rhine Fan and accumulation of a successive fan further downstream by redepositing the eroded sediments (iii) 10 ka BP to present incision of the Rhine river into the younger fan leading to the present situation. Only phase (i) has experienced a significant sediment supply from the Alps and/or Alpine foreland. During the middle Würmian, fluvial aggradation is proved by several ages from sand lenses between ca. 60 and 27.5 ka BP. The period between ca. 27.5 and 16 ka BP is represented by a single or few layers of coarse-grained cobble and boulder-rich gravels and blocks. Because sand lenses are lacking they cannot be dated directly, but most presumably their deposition was related to the Late glacial meltdown. The repeated incision of the two fan surfaces after the Last Glacial Maximum and the Younger Dryas may be caused by high inputs of sediment-poor meltwater at this time.Weak Holocene aggradations may be linked with periods of climatic deterioration, tectonic pulses, and direct human impacts.

RÉSUMÉ :    Le nouveau modèle évolutif présenté pour le Sud du fossé du Rhin supérieur a été obtenu à partir de l´analyse des isohypses, des nouvelles datations OSL et 14C et du budget sédimentaire. Cette évolution s’est déroulée en trois phases : (i) de 60 à 30 ka B.P., un cône alluvial, appelé ici « Cône du Rhin supérieur » s’est constitué dans le Sud du fossé du Rhin supérieur, immédiatement en aval de la vallée du Haut-Rhin ; ce cône est constitué essentiellement de dépôts grossiers mis en place par des eaux de fonte ; (ii) de 16 à 10 ka B.P., l’incision du « Cône du Rhin supérieur » a pour conséquence, plus loin en aval, la construction d’un second cône à partir des sédiments érodés et (iii) de 10 ka B.P. à l`actuel, l’incision du Rhin dans le cône le plus récent est responsable de la morphologie actuelle. Les volumes considérables de sédiments provenant des Alpes ou de leur Avant-pays ont été transportés uniquement pendant la phase (i). L’aggradation fluviatile du milieu du Würm est démontrée par les datations obtenues sur les lentilles de sable qui ont livré des âges de 60 à 27,5 ka B.P. La période comprise entre 27,5 et 16 ka B.P. est représentée par une simple ou plusieurs séquences de gravières grossiers. En l’absence de datations absolues, on suppose que ces derniers sont corrélés à la fonte des glaciers à la fin du Würm. Les incisions des deux cônes après le dernier maximum glaciaire et le Dryas récent seraient à mettre en relation avec l’apport de grandes quantités d`eaux froides pauvre en sédiments. Les dépôts peu volumineux de l’Holocène peuvent être reliés aux périodes de détérioration climatique, aux mouvements tectoniques ou aux impacts dus à l’Homme.


Stéphane CORDIER, Manfred FRECHEN,  Dominique HARMAND

THE PLEISTOCENE FLUVIAL DEPOSITS OF THE MOSELLE AND MIDDLE RHINE VALLEYS: NEW CORRELATIONS AND COMPARED EVOLUTIONS.  35-48
LES ALLUVIONS ANCIENNES DU RHIN MOYEN ET DE LA MOSELLE DANS LE MASSIF SCHISTEUX RHÉNAN : NOUVELLES CORRÉLATIONS ET ÉVOLUTIONS COMPARÉES

ABSTRACT: The River Moselle is one of the main tributaries of the Rhine, connecting the Vosges Massif, the Paris Basin and the Rhenish Massif. Research on fluvial archives preserved along the Moselle and Rhine valleys led to the recognition of well-developed fluvial terrace staircases, whose formation is the result of climate and tectonic forcing. The chronostratigraphical framework of these fluvial terraces was recently improved by applying luminescence dating methods, enabling a more reliable correlation of the Middle and Upper Pleistocene terraces for the River Moselle and the Middle Rhine valley (Rhenish Massif). The Moselle fluvial archives were morphologically, sedimentologically and chronologically studied in the Paris Basin and in the southwestern Rhenish Massif (area of Trier, Germany). They include eight middle and lower fluvial terraces, correlating with the middle and upper Pleistocene cold periods. All these fluvial terraces (except that formed during the Weichselian Early and Middle Pleniglacial) can be correlated with the seven youngest fluvial terraces recognized in the Middle Rhine. Minor differences in the elevation of contemporaneous terraces suggest differential uplift rates in both valleys: while the Neuwied tectonic basin (Middle Rhine area) presents a similar fluvial terrace system as the Moselle for the Middle and Upper Pleistocene, the other parts of the Middle Rhine valley showed greater uplift between 600 and 350 ky, coinciding with the development of intensive volcanic activity in the Eifel, which continued until recently.

RÉSUMÉ :   La Moselle est l’un des principaux affluents du Rhin, reliant le Massif vosgien, le Bassin parisien et le Massif schisteux Rhénan. Les recherches récentes menées sur les archives fluviales des deux cours d’eau ont abouti à la reconnaissance de terrasses alluviales étagées bien préservées, dont la formation résulte à la fois d’un forçage interne et de l’influence climatique. Le calage chronologique des dépôts a été récemment amélioré par le recours à des datations absolues par luminescence, permettant une meilleure corrélation des terrasses alluviales du Pléistocène moyen et supérieur de la Moselle avec celles du Rhin, en particulier dans le Massif schisteux (Rhin moyen). Huit moyennes et basses terrasses alluviales de la Moselle ont été distinguées sur la base d’analyses morphologiques, sédimentologiques et chronologiques, et rapportées aux périodes froides du Pléistocène moyen et supérieur. Ces terrasses alluviales (sauf celle du début et du milieu Pléniglaciaire weichsélien) peuvent être corrélées avec les sept terrasses alluviales les plus récentes préservées dans le Rhin moyen. Des différences dans l’altitude relative de terrasses alluviales contemporaines indiquent que les phases d’incision peuvent être associées à des vitesses de soulèvement inégales d’une vallée à l’autre. Ainsi, alors que le bassin tectonique de Neuwied présente pour le Pléistocène moyen et supérieur un système de terrasses alluviales comparable à celui de la Moselle dans la région de Trèves, les autres sections de la moyenne vallée du Rhin témoignent d’un soulèvement plus marqué entre 600 et 350 ka, c’est-à-dire au moment où le volcanisme de l’Eifel était actif.


Rob WESTAWAY, Stéphane CORDIER,  David BRIDGLAND  

ÉTUDE DU SOULÈVEMENT PLÉISTOCENE DANS LE NORD-EST DE LA FRANCE ET LE SUD-OUEST DE L’ALLEMAGNE D’APRÈS LES TERRASSES DU BASSIN DE LA MOSELLE : RELATION AVEC LES PROPRIÉTÉS CRUSTALES.  49-61
QUATERNARY UPLIFT OF EASTERN FRANCE AND WESTERN GERMANY AS REVEALED BY TERRACES OF THE RIVER MOSELLE: RELATIONSHIP TO CRUSTAL PROPERTIES 

RÉSUMÉ : Les terrasses de la Moselle et de son affluent la Meurthe permettent d’évaluer le soulèvement dans le Nord-Est de la France et le Sud-Ouest de l’Allemagne depuis le Pliocène. Le soulèvement est estimé à environ 120 m depuis la « révolution climatique du Pléistocène moyen » (v. 0,9 Ma), à environ 160 m depuis 2 Ma et à environ 180 m depuis la fin de l’optimum climatique mi-Pliocène (vers 3,1 Ma). Plusieurs phases de soulèvement peuvent être distinguées, le début de chacune d’entre elles coïncidant avec une modification dans le rythme des fluctuations climatiques définies dans le temps long. Cette coïncidence suggère que le soulèvement observé est lié à des augmentations dans l’intensité des processus de surface associés aux changements climatiques (en particulier l’érosion). Ce lien est confirmé par l’utilisation de modèles numériques qui permettent en outre de montrer que les changements brutaux observés pour les vitesses de soulèvement dans le bassin de la Moselle sont déterminés par la faible épaisseur de la couche mobile dans la croûte inférieure, lui-même généré par sous-placage mafique à la base de la croûte. L’étude des enregistrements sédimentaires de la Moselle et de la Meurthe met ainsi en évidence des modèles de réponses du milieu qui sont caractéristiques de la plus grande partie du continent européen.

ABSTRACT
:   The fluvial terraces of the Meurthe-Moselle provide a record of uplift in northeastern France and southwestern Germany dating back to the Pliocene. The uplift has amounted to ~120 m since the Mid-Pleistocene Revolution in climate at ~0.9 Ma, with ~160 m estimated since ~2 Ma and ~180 m estimated since the end of the Mid-Pliocene climatic optimum at ~3.1 Ma. The uplift has occurred in phases, each starting at a point in time that is established as a time of long-timescale climate change, suggesting that increased rates of surface processes associated with the climate change, principally, erosion, are the cause of the observed uplift. Numerical modelling supports this deduction, and also indicates that the abruptness of the start of each of the phases of uplift in this study region is a consequence of the thinness of the mobile lower-crustal layer, as a result of mafic underplating at the base of the crust. The Meurthe-Moselle record thus provides a clear case study demonstrating patterns of landscape response that are characteristic of much of Europe.


Monique BEINER, Dominique HARMAND, Stéphane CORDIER,  Serge OCCHIETTI  

LES MINÉRAUX LOURDS DES ALLUVIONS QUATERNAIRES DU BASSIN DE LA MOSELLE : NOUVELLES DONNÉES.  63-80
THE HEAVY MINERALS OF QUATERNARY FLUVIAL DEPOSITS IN THE MOSELLE BASIN: NEW DATA

RÉSUMÉ  : De nouvelles études de minéraux lourds permettent de mieux connaître l’origine des alluvions quaternaires du bassin de la Moselle (NE France) et les modalités de leur dépôt. Les prélèvements ont été effectués dans cinq secteurs distincts : le versant lorrain des Vosges cristallines (vallée de la Cleurie), le piedmont occidental des Vosges gréseuses (bassins de la Meurthe et de la Sarre), les vallées de la Sarre supérieure et inférieure, ainsi que la vallée de la basse Moselle. Dans le bassin supérieur de la Moselle, les sables prélevés dans les dépôts glaciaires de la moraine composite du Pré J’Espère (vallée de la Cleurie) sont composés majoritairement de tourmaline et de zircon, provenant d’altérites du socle des Vosges moyennes remaniées par la glace lors d’une phase d’englaciation. Deux échantillons de till de fond et de till d’ablation possèdent un spectre minéralogique plus diversifié. Les cônes de piedmont des Vosges du Nord et de la vallée de la Sarre supérieure ne comportent que des éléments issus de l’altération des grès vosgiens sensu lato : minéraux stables (zircon, rutile, anatase) et résistants (tourmaline), avec une forte proportion de minéraux opaques cassés et altérés. Les alluvions des terrasses de la Sarre inférieure et de la Moselle allemande ont des cortèges beaucoup plus diversifiés, les alluvions ayant été alimentées par les grès et conglomérats du Buntsandstein, le socle dévonien du Massif schisteux, le Permien sédimentaire et volcanique du Bassin de Sarre-Nahe, et également par le socle vosgien pour la vallée de la Moselle. On peut distinguer trois types de spectres minéralogiques : (1) les cortèges des alluvions des plus hautes terrasses sont surtout composés de tourmaline, de zircon et d’oxydes de titane, avec un pourcentage notable de minéraux altérables (amphibole verte, grenat et staurolite à Diefflen, amphibole et épidote à Oberheide) ; (2) ceux des moyennes et basses terrasses de la Sarre inférieure et ceux des moyennes terrasses de la Moselle antérieures à la capture sont plus diversifiés, renfermant notamment du pyroxène et parfois de l’amphibole, ainsi que quelques minéraux du socle vosgien pour les terrasses de la Moselle ; (3) ceux des plus basses terrasses de la Moselle, postérieures à la capture, sont encore enrichies par des apports significatifs provenant du socle vosgien (amphibole [ou hornblende] « vosgienne » et grenat), des formations paléozoïques des bassins de la Sarre et de la basse Moselle et peut-être des éruptions de l’Eifel (pyroxènes et amphiboles basaltiques).

ABSTRACT: New studies of heavy minerals of quaternary alluvial deposits in the Moselle basin (NE France) provide a better understanding of their origin and deposition. The sampling took place in five distinct areas: the Lorraine slope of the crystalline Vosges (Cleurie valley), the western piedmont of the sandstone Vosges, the valleys of the Upper and Lower Sarre, as well as the Lower Moselle valley. Upstream of the Moselle basin, the sands sampled in drifts of the composite moraine of Pré J’Espère (Cleurie valley) are mainly composed of tourmaline and zircon. These minerals come from alterites of the crystalline bedrock of the Middle Vosges and were reworked by ice at the time of a phase of englaciation. Two samples respectively of subglacial till and ablation till give a more diversified mineralogical spectrum. The samples from the piedmont cones of Northern Vosges and Upper Sarre valley comprise only minerals resulting from the weathering of the Trias sandstones sensu lato: stable (zircon, rutile, anatase) and resistant (tourmaline) minerals, with a strong proportion of broken and deteriorated opaque minerals. The alluvial deposits of the terraces of the Lower Sarre and German Moselle contain much more diversified mineral species: the deposits were fed by Buntsandstein sandstone and conglomerate, Devonian rocks of the Rhenish Massif, sedimentary and volcanic Permian beds of the Sarre-Nahe Basin, and in the Moselle valley by the Vosgian bedrock. In these terraces, three types of mineralogical spectra are observed: (1) the deposits of the highest terraces contain essentially tourmaline, zircon and titanium oxides, with a significant percentage of alterable minerals (green amphibole, garnet and staurolite at Diefflen, amphibole and epidote at Oberheide); (2) the deposits of the middle and lower terraces of the Lower Sarre and those of the middle terraces of the Moselle prior to the capture, are more diversified and contain particularly pyroxene and sometimes amphibole, as well as some minerals of the Vosgian bedrock; (3) the deposits of the lowest terraces of the Moselle subsequent to the capture, have a composition even more enriched with additional species like “Vosgian” amphibole (or hornblende) and garnet coming from the Vosgian bedrock and like pyroxene and basaltic amphibole coming from the Paleozoic formations of the Sarre and the Moselle basins et perhaps from the eruptions of the Eifel.

Henri-Georges NATON, Stéphane CORDIER, Laurent BROU, Freddy DAMBLON, Manfred FRECHEN, Anne HAUZEUR, Foni LE BRUN-RICALENS, François VALOTTEAU in collaboration with Robert BAES, Franziska DÖVENER,  Jean KRIER

FLUVIAL EVOLUTION OF THE MOSELLE VALLEY IN LUXEMBOURG DURING LATE PLEISTOCENE AND HOLOCENE: PALAEOENVIRONMENT AND HUMAN OCCUPATION.81-92
L’ÉVOLUTION DE LA VALLÉE DE LA MOSELLE LUXEMBOURGEOISE DURANT LE PLÉISTOCENE FINAL ET L’HOLOCÈNE : PALÉOENVIRONNEMENT ET OCCUPATION HUMAINE 

ABSTRACT: Located in the Moselle valley in Luxembourg, the Wintrange basin has been the subject of systematic geoarchaeological investigations for the last fifteen years. According to observations made upstream, the study area could represent a system of lower terraces build up of two stepped alluvial formations (M2 +10m, M1 +3-5m). A recent synthesis of paleoenvironmental studies done on the M1 formation has produced a chronological framework (radiocarbon and IRSL dating) and permits to precise the stages of morphosedimentary and environmental evolution for this part of the basin since the end of the Weichselian. This preliminary synthesis presents the sedimentary units of the lower terraces M1, the present state of knowledge on the dynamic and the chronology for the deposits, as well as an assessment for the human occupation and its impact on the landscape. The work study shows that there is an important hiatus for the Lateglacial and the beginning of the Holocene for this part of the Moselle valley.

RÉSUMÉ  : Situé dans la vallée de la Moselle luxembourgeoise, le bassin de Wintrange fait depuis une quinzaine d’années l’objet d’études géoarchéologiques systématiques. Selon les observations en amont, le secteur d’étude présenterait un système de basses terrasses constitué par un ensemble de 2 nappes alluviales étagées (M2 +10m, M1 +3-5m). Un récent travail de synthèse des études paléoenvironnementales menées notamment sur la nappe M1 a permis d’établir les bases d’un cadre chronologique (datations radiocarbone et IRSL) et de préciser certaines étapes de l’évolution morphosédimentaire et environnementale dans cette partie du bassin depuis la fin du Weichsélien. Cette synthèse préliminaire présente les unités sédimentaires de la basse terrasse M1, l’état actuel des connaissances sur la dynamique et la chronologie de mise en place des dépôts ainsi qu’un bilan de l’occupation humaine et de son impact sur le milieu. Il ressort d’ores et déjà en l’état actuel des travaux qu’il existe un important hiatus pour le Tardiglaciaire et le début de l’Holocène dans cette portion de la vallée de la Moselle.


Serge OCCHIETTI,  Emmanuelle KULINICZ

TERRASSES ET ÉPANDAGES ALLUVIAUX ANTÉRIEURS AU RISS/SAALIEN, À LA PÉRIPHÉRIE NORD-OUEST DES VOSGES, FRANCE.93-116
PRE-SAALIAN/RISS TERRACES AND ALLUVIAL FANS ON THE NW MARGIN OF THE VOSGES MOUNTAINS, FRANCE

RÉSUMÉ  : Entre Sarrebourg et Épinal, à la périphérie nord-ouest des Vosges, de nombreux dépôts anciens ont été décrits sous des appellations variées, avec des âges attribués allant du Mindel au Pliocène. L’inventaire systématique de ces données, complété par des levés de terrain, a permis de différencier plusieurs faciès et formes de relief dont le sommet est à une altitude relative supérieure à 60 m par rapport aux basses terrasses actuelles. Les dépôts comprennent des alluvions grossières à galets, des graviers peu classés, des sables et parfois des lentilles de silt sableux blanc. Les structures sédimentaires, relativement perturbées par le tassement dû à la dissolution ou à l’altération d’une partie du matériel initial, sont à stratification en faisceaux arqués, avec des structures d’affaissement, de cryoturbation et parfois de chenalisation. Le matériel grossier est composé en majorité de quartz et quartzite provenant du Conglomérat principal du Buntsandstein, avec des galets très altérés de grès et exceptionnellement de granite. Le matériel est globalement très lessivé. Une couverture silteuse, de un à plusieurs mètres d’épaisseur, coiffe ces unités. Ces formations anciennes sont associées à plusieurs types de formes construites : un épandage fluvioglaciaire en terrasse (Épinal, Moselle) prolongé en aval par des lambeaux de terrasse (Charmes), des lambeaux de cônes latéraux et de terrasses (vallée de la Meurthe) et des épandages de piémont en inversion de relief (Tanconville - Cirey-sur-Vezouze,
Arentèle et Mortagne). L’origine fluvioglaciaire de ces derniers reste à démontrer en raison de la quasi absence, originelle ou due à l’altération, de matériel provenant du socle cristallin des Vosges. Un âge minimal Mindel/Elstérien (fin du stade OIS 12) est attribué à la terrasse fluvioglaciaire d’Épinal d’altitude relative de +60 m. Les épandages de piémont à 80 m d’altitude relative, blanchis dans les lithozones inférieures, sont très probablement plus anciens, ils pourraient dater du stade glaciaire OIS 16 du Cromérien.

ABSTRACT: Between Sarrebourg and Epinal, on the northwest margin of the Vosges Mountains, several old deposits were described and named piedmont fans or old terraces. Given ages were comprised between Pliocene and Mindel. A systematic inventory of the written data and field work allowed to classify the old deposits and related forms which are situated 60 m or more over the lower terrace of the present rivers. The old deposits are poorly stratified and sorted, they comprise coarse cobble, gravel and sand, with lenses of white sandy silt. The sedimentary structures, mostly stacked beds, are disturbed by the decay of a part of the material, by sinking figures and frost action. The deposits are mainly composed of quartz and quartzite cobbles and gravel originating in the Conglomérat principal of Buntsandstein, and of some sandstone and rare rotten granite cobbles. The deposits are mostly leached. A silt cover, from one to several metres thick, overlies these units. The coarse deposits are related to terrace outliers of a glaciofluvial fan (Épinal, Moselle) which can be followed downstream (high terrace remnant at Charmes), outliers of lateral fans and terraces in the valley of the Meurthe River, and piedmont fans and outliers which are in inverted relief (Tanconville - Cirey-sur-Vezouze, valleys of the Arentèle and Mortagne Rivers). Due to the lack of stones from the crystalline basement of the Vosges Mountains, the glaciofluvial origin ascribed to the deposits which built the fan systems of Tanconville - Cirey-sur-Vezouze, Arentèle and Mortagne Rivers, is not univocal. A minimum Mindel/Elsterian age (end of OIS stage 12) is ascribed to the +60 m glaciofluvial terrace of Épinal. The +80 m piedmont fans, with bleached sediments in the lower lithozones, are probably older: a tentative Cromerian age (glacial OIS stage 16) is proposed.